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mercredi 7 septembre 2016

Le bassin de compensation de la Vavre est devenu un danger pour le Tiers

Le bassin de compensation de la Vavre (entre Verel de Montbel et La Bridoire 73) est une installation gérée par EDF. Elle a pour rôle de générer de l'électricité tout en "régulant" le niveau d'eau du lac d'Aiguebelette.
L'eau est captée au bout du canal d'Aiguebelette au Gué des Planches, traverse toute la montagne dans une conduite forcée, arrive à la turbine et est relâchée dans le bassin de compensation (qui selon son nom devrait servir de "zone tampon" afin d'éviter un afflux massif dans le Tiers) puis est relâché au niveau du seuil dans un canal qui rejoint le Tiers une centaine de mètres à l'aval.

Il y a 15 ans, ce bassin de compensation était un biotope formidable, on y trouvait tous types de poissons en quantité (carnassiers et cyprinidés), c'était également une réserve exceptionnelle pour les oiseaux (notamment les migrateurs) et tous les autres animaux et végétaux.

Au jour d'aujourd'hui la situation a radicalement changée. le bassin s'est envasé à l’extrême, tant et si bien que quand la centrale ne "lâche pas" l'étang est réduit à un filet d'eau avec un trou d'eau à chaque extrémité, où le peu de poissons qui restent s'accumulent...
D'ailleurs, une grande partie des poissons (et notamment les carnassiers, dont des brochets métrés) ont quitté ce milieu qui leur devenait invivable pour aller trouver refuge dans le Tiers juste en dessous...

Cet envasement du bassin est un problème majeur. ces jours nous avons mesuré la température du bassin, l'eau était à 30,8°. et l'eau du lac d'Aiguebelette à 25°. La température du Tiers en cette période de canicule est à 21°.

Nous rappelons qu'au delà de 17° la population de truites farios devient déclinante, à partir de 19° la truite ne s'alimente plus et qu'à 25°, elle meurt.

Pour essayer d'améliorer les choses, EDF, depuis quelques années a étalé ses lâchers, en relâchant progressivement le débit de la turbine, afin de ne pas générer un afflux massif "raz de marée", mais cela n'est pas suffisant. D'ailleurs un des autres problème que ces lâchers ont engendré c'est l'érosion des berges du Tiers en aval, jusqu'à voir tomber un pan de falaise entier dans le lit du Tiers, arbres compris...
La seule solution, qui certes ne ferait pas tout, mais au moins permettrait d'améliorer un peu la situation, serait de recreuser le bassin (puisqu'on ne peut physiquement pas remonter le niveau de la vanne, les berges céderaient), mais EDF s'y refuse, le chantier étant trop coûteux.

Hier, ce qui devait arriver arriva, et le fonctionnement de la centrale a repris. Donc c'est une eau à 30° qui stagnait dans le bassin qui s'est mélangée aux 7m3 d'eau à 25° provenant du lac, qui ont déboulé sur la tête des truites du Tiers dans un premier temps, puis des truites et des ombres du Guiers dans un second temps.
Et après on se demande pourquoi les populations de salmonidés sont déclinantes sur nos parcours... Rajoutez à ça les pollutions et la prédation...

Tout le long des opérations et en amont, nous avons été en contact avec EDF et avons retardé ensemble au maximum l'inévitable, mais les impératifs sont autres que la production d'électricité, la centrale doit également tenir des cotes de niveau du lac et au 15 septembre, cette cote doit obligatoirement être abaissée, pour les besoins du milieu du lac.

Par chance, et surtout grâce à la couverture nuageuse de ces derniers jours, la température a baissé et les nuits sont plus fraîches. Notre équipe et notamment Gilles Galler, et je l'en remercie fortement, s'est rendu sur place tous les jours pour observer, contrôler et mesurer les températures. Nous n'avons constaté aucune mortalité et les eaux du Tiers en aval du bassin de compensation sont autour de 22°.

L'autre effet pervers de ces lâchers qui sont opérés par cycles de 8 ou 24h, c'est que les poissons sont amenés à se replacer sur certains postes qui étaient à sec auparavant et de se voir piégés lors de l'arrêt du lâcher.
Un autre effet très négatif, c'est lors de la reproduction de la truite fario (décembre à février), les truites posent leurs oeufs sur des gravières qui sont submergées lors des lâchers, mais se retrouvent à sec lorsque la centrale s'arrête... c'est un phénomène fréquent que nous avons remarqué l'hiver passé.

Ce qui fait enrager, c'est quand on voit, et qu'on lit la plaquette de présentation de la centrale... on est tellement loin de la vérité...



J'en profite pour passer un message d'EDF qui voit ses installations perpétuellement vandalisées au niveau de la vanne. certes un des 2 seuls coins "pêchable" se trouve là, mais il y a de la place sur les côtés... EDF nous a informé qu'ils avaient l'intention d'installer une surveillance vidéo. Avis aux amateurs !


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