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jeudi 25 janvier 2018

Le Paluel : un ruisseau sacrifié

C'est une bien triste histoire que je vais vous raconter...
C'est celle d'un (des nombreux) ruisseau de par chez nous qu'on a sacrifié sur l'autel de l'activité humaine...

En arrivant il y a de cela un peu plus de 3 ans maintenant, au bureau de l'AAPPMA, je me suis intéressé à un des ruisseaux qui était responsable de mon virus pour la pêche et les milieux aquatiques et qui m'a contaminé quand j'étais encore tout petit.
C'est dans ce ruisseau que j'ai attrapé mes premières grosses truites. A l'époque je n'avais pas conscience de combien il souffrait et quels étaient ses maux. J'en ai passé des heures, les pieds dans l'eau, autour du Château de Montfleury !

Lorsque je suis arrivé, donc, je me suis renseigné et me suis aperçu que ce ruisseau, dans sa partie amont (au dessus du Chateau de Montfleury à Avressieux) était géré par une société de pêche privée : la Truite de Mandrin, mais que toute sa partie aval n'était gérée par aucune AAPPMA, ni nous, ni Saint Genix sur Guiers. J'ai donc contacté Pascal Jaquemier, Président de l'AAPPMA Guiers-Rhône, et nous avons décidé de gérer ensemble cet affluent du Guiers, qui était, et est toujours, bien mal en point, au moins dans sa partie aval. Je ne parlerai pas de la partie amont qui descend de Rochefort, je ne connais pas, je n'ai pas d'informations et c'est géré par une autre société.
Partons de l'amont et descendons le cours du ruisseau vers le Guiers...

Au niveau du champ de tir d'Avressieux, il existe 2 seuils infranchissables de plus d'1m de hauteur, distant de quelques dizaines de mètres.
Ensuite, sous le Château de Montfleury, il y a un barrage (fermé) de plus de 4m de hauteur. Aucune possibilité pour les poissons de remonter ou descendre.
On descend un peu au niveau de l'ancienne piscine communale (plus en activité aujourd'hui, et c'est tant mieux pour le ruisseau !) et nous avons un premier captage d'eau pour l'irrigation. Nous avons constaté et signalé à plusieurs reprises, la fabrication "artisanale" d'un seuil infranchissable avec tubage, afin de pouvoir pomper, même en plein étiage. La station de pompage est toujours là aujourd'hui, mais le seuil a disparu.

Quelques mètres plus bas, tubage sous la route du ruisseau et un quasi infranchissable à la sortie (chute de + d'1m en cascades).
Quelques dizaines de mètres plus bas, on retrouve le rejet d'un poste d'épuration vieillissant et obsolète qui ne filtre plus grand chose à en juger par l'odeur et la couleur de ce qui en sort...

Le ruisseau suit son (joli) cours dans les bois sur quelques centaines de mètres, puis on arrive au "Marais" (je le mets entre guillemets, parce que ça n'a plus rien d'un marais !).
On passe le "Pont Rouge", sous lequel on trouve une cascade quasi infranchissable d'1.5m de haut, puis on tombe là sur une porcherie, qui j'imagine a du être un soucis il y a des années de cela, mais après 2 ans d'observations, je ne peux imputer aucun rejet à ce bâtiment, et c'est tant mieux.
A partir de là, le ruisseau a été totalement rectifié par l'homme, il traverse en ligne droite le "marais". Les terrains autour qui devaient être marécageux ont été drainés et ces drains se jettent régulièrement dans le ruisseau principal, tout au long du "marais" asséché.
C'est à ce niveau là que l'on déplore l'intervention des propriétaires, qui chaque hiver coupent des arbres en bordure du ruisseau, depuis le ruisseau lui même, piétinant de ce fait les frayères de truites, qui malgré tout sont nombreuses sur ce linéaire.
Quelques centaines de mètres plus bas on tombe sur la confluence avec un petit ru. Aujourd'hui il se nomme ruisseau de la Pérétia, mais depuis toujours il était classifié comme "fossé" et recueillait les rejets de la fruitière et de la station d'épuration. Des travaux ont été engagés depuis et cet affluent est devenu beaucoup plus propre aujourd'hui. Qui sait, les poissons le recoloniseront peut être dans un futur proche !?
On continue de descendre à travers champs (on passe sur les épandages divers et variés...) et on arrive à un premier tubage souterrain, suivi d'un second et d'un troisième (Routes communales et autoroute A43 qui passent au dessus). Ces tubages n'ont pas l'air infranchissables.
A la sortie du tubage, le long de l'autoroute A 43, on entre à Belmont-Tramonet, et là "finit" le ruisseau (alors qu'on est encore à 1km du Guiers...), qui part (après une vanne manuelle infranchissable) dans un "fossé" (c'est pourtant le vrai cours du "ruisseau" sur les cartes...) et qui rejoint le Guiers en amont du barrage Richard. Le ruisseau se jette dans le Guiers en sortant d'un tube à plus d'un mètre au dessus du niveau de la rivière. Aucune remontée ou avalaison des poissons n'y est possible en l'état. C'est là également que débouche le tuyau de sortie des (futurs?) rejets de l'usine Agrati, qui a déplacé sa production de La Bridoire à Avressieux (Zone Val Guiers).



Remontons à nouveau vers l'autoroute (où se déversent, lors de chaque pluie, les hydrocarbures et autres polluants qui stagnent sur la chaussée...), car à droite de la vanne en question, le ruisseau part dans un "canal d'irrigation" le long de l'autoroute, des champs, traverse un hameau, à nouveau des champs, longe la route et rejoint un autre petit ruisseau. Sur cette partie, où la loi sur l'eau ne s'applique pas (information confirmée il y a peu par l'AFB), on retrouve de nombreuses vannes régulièrement utilisées (mais je n'ai encore pas vraiment réussi à comprendre pourquoi...) par leurs propriétaires, mettant à sec, régulièrement ces parties.




Dans cette partie de "canal d'irrigation", je n'ai constaté aucun poisson (pas même de vairons ou loches) depuis 2 ans... Les truitelles naissant chaque année en amont et qui ont la mauvaise idée de s'y aventurer pour rejoindre le Guiers, doivent périr lors des mises à sec, si elles ont survécu aux diverses pollutions...
Mais ce n'est pas fini, avant de rejoindre le Guiers en amont des mollasses sous le barrage Richard, le ruisseau est à nouveau tubé pour passer sous la route départementale et le tube tombe en cascade à plus d'1.5m de hauteur (aucune remontée de poisson n'y est possible).
Il était question à une époque, avec la DDT, de modifier le tubage afin d'espérer une remontée des poissons du Guiers. Ce ruisseau étant classé liste 2 (!). Mais ce projet a du finir par tomber à l'eau (mauvais jeu de mot) quand ils se sont aperçus que c'était là un "canal d'irrigation" en amont et non un "ruisseau"...

Bref, nous avons là un joli affluent tout de même dans sa partie amont, mais totalement déconnecté du Guiers, niveau continuité écologique. Il ne peut y avoir ni remontée de poissons depuis le Guiers, mais pire, les poissons qui tenteraient d'y redescendre se retrouvent pris dans des pièges mortels ou finissent par sécher à l'air.

Depuis 2 ans, de grandes avancées et améliorations de la qualité d'eau ont eu lieu sur ce ruisseau, nous avons espoir de rencontrer les propriétaires prochainement afin de les sensibiliser et essayer de trouver, avec eux, des solutions pour améliorer encore la situation...

2 commentaires:

  1. Slt David,
    quelle désolation de voir nos cours être aussi méprisés.Je me souviens bien que tu en avais déjà parlé à ta 1ère AG,comment peut on en tant qu'élus sacrifier de tels petits tributaires, c'est affligeant de voir comment est traitée, la nature.

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    1. Salut Léo, je pense qu'on est aussi face à une méconnaissance des rivières et des milieux aquatiques, c'est aussi notre rôle que de les informer pour espérer voir les choses évoluer ! mais comme tu le sais, les choses ne se font pas en un jour !
      On garde espoir tout de même ! ;)

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