Articles les plus consultés

dimanche 26 août 2018

Premières conclusions après analyses


Après avoir effectué plus d'une trentaine d'analyses, nous commençons à avoir pris l'habitude des protocoles et devenons de plus en plus efficaces et pertinents sur nos résultats.
Nous commençons à avoir récolté assez de données pour pouvoir tirer un premier bilan de ces analyses, au moins sur le Guiers et le Thiers. En ce qui concerne les autres affluents, il nous faut encore d'autres données afin de croiser les résultats.

Nous vous mettons donc à disposition ces résultats, qui proviennent, au minimum, de 5 prélèvements et analyses, à différents endroits de la rivière entre le 30 juin et le 26 août 2018.

  Ø  Guiers :

PH moyen entre 7.5 et 8.4
Quantité d'O2 dissous entre 7 et 8 mg/l
Débit moyen : ~10m3/s
Débit d'étiage sévère 2018 (< à 3m3/s) : moins de 2m3 (plus d'un mois passé entre 2 et 3m3/s)
Débit Maximal 2018 : 298 m3/s
T° maximale de l'eau : > à 26° en fin de journée durant la canicule
Temps (en continu) où la T° de l'eau est restée > à 21° : 17 jours (baisse de l'O2 constaté à 6mg/l sur la période)

Les différents types de polluants et leurs origines (parfois supposées) :

Substance (ion)
Taux moyen de présence dans la rivière après dilution
Pic atteint au rejet
Origine
Ammonium (NH4+)
De 0.1 à 0.8 mg/l
120 mg/l
STEP et rejets domestiques, agriculture
Nitrites (NO2-)
De 0.01 à 0.1 mg/l
4.5 mg/l
STEP et industries, agriculture
Nitrates (NO3-)
De 4 à 7 mg/l
80 mg/l
STEP et agriculture, industries
Phosphate (PO4-3-
De 0.1 à 1 mg/l
12 mg/l
STEP, rejets domestiques, agriculture, industries
Potassium (K+)
De 0 à 9 mg/l
20 mg/l
STEP, agriculture
Chlorures (Cl-)
De 2 à 8 mg/l
58 mg/l
STEP, rejets domestiques et industries
Fer (Fe 2+)
De 0 à 0.02 mg/l




  Ø  Thiers :

PH moyen entre 7.6 et 8
Quantité d'O2 dissous entre 7 et 7.7 mg/l
La température de l'eau est montée de nombreuses fois au dessus de 24° durant l'étiage et la sécheresse (le taux d'O2 est descendu à 6 mg/l).
Le débit est au plus bas, malgré la constance des résurgences des eaux du lac.

Les différents types de polluants et leurs origines (parfois supposées) :

Substance (ion)
Taux moyen de présence dans la rivière après dilution
Pic atteint au rejet
Origine
Ammonium (NH4+)
De 0.1 à 0.3 mg/l
600 mg/l
STEP et rejets domestiques, agriculture
Nitrites (NO2-)
De 0.02 à 0.06 mg/l
15 mg/l
STEP et industries, agriculture
Nitrates (NO3-)
De 8.5 à 10 mg/l
350 mg/l
STEP et agriculture, industries
Phosphate (PO4-3-
De 0.1 à 0.5 mg/l
4 mg/l
STEP, rejets domestiques, agriculture, industries
Potassium (K+)
De 1.15 à 15 mg/l
28 mg/l
STEP, agriculture
Chlorures (Cl-)
De 7 à 13 mg/l
> à 6000 mg/l
(ou 6 g/l)
STEP, rejets domestiques et industries
Fer (Fe 2+)
De 0.04 à 0.22 mg/l
0.75 mg/l
Industries et STEP

Les autres infos que nous pouvons donner sur les pics de rejet sur les affluents, en attendant d'avoir plus de données sur l'état après dilution :

- Aiguenoire : 1000 mg/l d'ammonium, 75 mg/l de Phosphate, 950 mg/l de Chlorures, 150 mg/l de potassium, 52 mg/l de phosphate, au rejet
- Ruisseau du Bonnard : Ammonium à 325 mg/l, au rejet
- Paluel : fort taux de nitrates, nitrites, ammonium, potassium et phosphate
- Carmes : fort taux de nitrates et d'ammonium constaté

En revanche, l'étang de Reculfort se porte plutôt pas mal !

Rappels :

  •           Les valeurs légales pour le classement de l'état des eaux en France :

Source : Guide technique Relatif à l’évaluation de l’état des eaux de surface continentales (cours d’eau, canaux, plans d’eau), Mars 2016, Ministère de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer.

·         Les valeurs recommandées pour un bon état écologique des rivières karstique salmonicoles :

Source : SAMU de l'Environnement

Nos conclusions :

Nous nous apercevons qu'après dilution des rejets, les taux moyens de polluants dans nos cours d'eau, selon les valeurs légales, les classent dans un état officiel de "bon à très bon".
Or si l'on compare ces mêmes données aux recommandations pour un bon état écologique des rivières karstiques salmonicoles, on s'aperçoit qu'on est bien au dessus des normes.
Sur le terrain et visuellement, nous pouvons observer que le milieu ne va pas bien du tout : eutrophisation, turbidité, baisse du nombre d'invertébrés, de salmonidés, intensification des phénomènes de crues de plus en plus ravageurs, hausse des températures de l'eau ces dernières années sur des périodes de plus en plus longues avec un débit de plus en plus restreint et des concentrations en polluants qui s'en trouvent augmentées...

De là à dire que les valeurs "officielles" de bon état des eaux de surface sont surgonflées, il n'y a qu'un pas... que nous franchissons !

De plus, nous insistons sur le fait que, certes après dilution des rejets, les taux sont plus faibles, mais le rejet en lui même impacte très nocivement son environnement direct sur des centaines de mètres à l'aval avant d'être dilué. Et ces rejets ne sont éloignés, en général, que de quelques kilomètres (dans le meilleur des cas), bien qu'ils peuvent être concentrés à certains endroits... Il n'y a donc plus aucune zone "refuge" (même les têtes de bassin sur les affluents !) pour que la vie aquatique puisse prospérer et repeupler le cours d'eau. La faune et la flore aquatique sont obligées de composer avec ce marasme et on voit de nombreuses espèces en déclin et d'autres disparaitre totalement... les prochains sur la liste : les salmonidés.

Nous ne pouvons plus contrôler les éléments climatiques, mais en revanche, nous pouvons encore influer sur nos rejets à la rivière. Il faut baisser ces normes drastiquement et se tenir à ce que nos STEP (station d'épuration) suivent ces normes. Mais au delà de cela, il faut aussi que nos STEP s'équipent pour filtrer toutes les substances médicamenteuses que nous (et notre bétail) ingérons et qui se retrouvent dans l'eau, sans que nous sachions dans quelles proportions et quel est leur effet sur la vie aquatique... Il ne peut pas être bon... De la même manière il faut également filtrer les perturbateurs endocriniens (PCB, pesticides, bisphenols, hydrocarbures...), qui au vu des effets sur l'être humain ne sont sans doute pas innocents dans l'affaire... Il faut également que l'industrie revoie ses normes de rejet à la baisse, voire ne rejette plus (mais ça coûte plus cher...), que l'agriculture devienne plus raisonnée et raisonnable (autant dans la course à la production que dans l'épuisement des ressources), que toutes les habitations soient reliées à un système récent d'épuration...

Bref, il faut que notre société change radicalement de modèle afin d'enrayer la fin programmée, car déjà le retour en arrière n'est plus possible...

Sommes nous prêts ???

2 commentaires:

  1. Super boulot David,
    Nous avons fait moitié moins d'analyses, étant à une heure du Guiers (voire plus),il m'est difficile d'y être tous les jours.
    Nous avons à peu de choses près les mêmes résultats avec une quantité d'O2 dissous légèrement supérieure (de 8 à 9 mg/l, ce qui semble normal au vue de notre situation mais pas terriblement bien non plus), une température maximale de 21,5 (mais rien de prouve que ce n'est pas monté plus haut car je ne l'ai pas prise aux pics de chaleur), un peu moins de nitrates (de 1 à 3 mg/l) mais plus de fer (de 0,02 à 0,2 mg/l).
    Nous n'avons pas encore pris le temps d'en discuté entre les membres du bureau des Pêcheurs du Haut Guiers mais il semblerait que nos conclusions quant aux différentes normes soient les mêmes !
    Il nous reste quelques "zones rejets" à analyser pour comprendre la différence entre les taux du Pont Jean Lioud et ceux du pont du Curé par exemple.
    C'est un travail de longue haleine. Mais vos conclusions sur les rejets et le modèle de société à faire évoluer me semblent très pertinentes.
    A très bientôt
    Pascal

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Salut Pascal et merci ! c'est vrai que c'est un boulot de longue haleine, mais aujourd'hui d'avoir ces données, ça permet de mieux mettre en relief certaines choses et de mieux comprendre... Mais ces informations là dans la poche de quelques "pêcheurs casse-couille" ça va pas faire beaucoup avancer le schmilblick... Il faut maintenant que les élus s'en saisissent, ainsi que leurs administrés, et qu'on trouve des solutions ensemble... Ce que j'ai plus de mal à comprendre, c'est que certaines officines "officielles" (SIAGA...) ont du eux aussi faire ces analyses, et tomber sur les même conclusions que nous... et on voit comment ça avance sur la protection des milieux de leur côté...
      Bref, je pense qu'il serait intéressant que l'on se réunisse à nouveau pour faire un bilan de tout ça.
      A tout +
      David

      Supprimer